Frases autênticas de Marcel Proust – O mais politicamente incorreto dos autores

Frases de Marcel Proust dois

Frases de Marcel Proust 1

 1-      Ce qu’il y a d’admirable dans le bonheur des autres, c’est qu’on y croit.

2-      Il n’y a pas de réussite facile ni d’échecs définitifs.

3-      Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux.

4-      Les vrais paradis sont ceux qu’on a perdus.

5- En amour, il est plus facile de renoncer à un sentiment que de perdre une habitude.

5-      Savoir qu’on n’a plus rien à espérer n’empêche pas de continuer à attendre.

6-      L’amour c’est l’espace et le temps rendus sensibles au cœur.

7-      Le souvenir d’une certaine image, n’est que le regret d’un certain instant.

8-      Je ressentis devant elle ce désir de vivre qui renaît en nous chaque fois que nous prenons de nouveau conscience de la beauté et du bonheur.

9-      Comme il y a une géometrie dans l’espace, il y a une psychologie dans le temps, où les calculs d’une psychologie plane ne seraient plus exacts parce qu’on n’y tiendrait pas compte du temps et d’une des formes qu’il revet, l’oubli (…) qui est un si puissant instrument d’adaptation à la realité parce qu’il détruit peu à peu en nous le passé survivant qui est en constante contradiction avec elle.

10-   L’idée qu’on mourra est plus cruelle que mourir, mais moins que l’idée qu’un autre est mort.

11-   Si un autre me ressemble, c’est donc que j’étais quelqu’un.

12-   Il vaut mieux rêver sa vie que la vivre, encore que la vivre, ce soit encore la rêver.

13-   Une heure n’est pas qu’une heure, c’est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats.

14-   Car bien souvent, pour que nous découvrions que nous sommes amoureux, peut-être même pour que nous le devenions, il faut qu’arrive le jour de la séparation.

15-   L’absence n’est-elle pas, pour qui aime, la plus certaine, la plus efficace, la plus vivace, la plus indestructible, la plus fidèle des présences?

17-   Notre mémoire et notre coeur ne sont pas assez grands pour pouvoir être fidèles.

18-   Il y a dans notre âme des choses auxquelles nous ne savons pas combien nous tenons. Ou bien, si nous vivons sans elles, c’est parce que nous remettons de jour en jour, par peur d’échouer ou de souffrir, d’entrer en leur possession.

19-   C’est parce qu’ils contiennent ainsi les heures du passé que les corps humains peuvent faire tant de mal à ceux qui les aiment.

20-   Nos désirs vont s’interférant, et dans la confusion de l’existence, il est rare qu’un bonheur vienne justement se poser sur le désir qui l’avait réclamé.

21-   Le seul véritable voyage, le seul bain de jouvence, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux, de voir l’univers avec les yeux d’un autre, de cent autres, de voir les cent univers que chacun d’eux voit, que chacun d’eux est.

22-   Nous ne connaissons jamais que les passions des autres, et que ce que nous arrivons à savoir des nôtres, ce n’est que d’eux que nous avons pu l’apprendre.

23-   Nous sommes tous obligés, pour rendre la réalité supportable, d’entretenir en nous quelques petites folies.

24-   Soyons reconnaissants envers les gens qui nous rendent heureux. Ils sont les jardiniers qui font fleurir notre âme.

25-   La beauté n’est pas dans les couleurs, mais dans leur harmonie.

26-   Nous n’arrivons pas à changer les choses suivant notre désir, mais peu à peu notre désir change.

27-   En moi aussi bien des choses ont été détruites que je croyais devoir durer toujours…

28-   La vie est semée de ces miracles que peuvent toujours espérer les personnes qui aiment.

29-   L’amour physique, si injustement décrié, force tellement tout être à manifester jusqu’aux moindres parcelles qu’il possède de bonté, d’abandon de soi, qu’elles resplendissent jusqu’aux yeux de l’entourage immédiat.

30-   Et ces moments du passé ne sont pas immobiles; ils gardent dans notre mémoire le mouvement qui les entraînait vers l’avenir, – vers un avenir devenu lui-même le passé, – nous y entraînant nous-même“.

31-   il reste que c’est le temps qui amène progressiment l’oubli n’est pas sans altérer profoundément la notion du temps.

32-   Oui, si le souvenir, grâce à l’oubli, n’a pu contracter aucun lieu, jeter aucun chaînon entre lui et la minute présente, s’il est resté à sa place, à sa date, s’il a gardé ses distances, son isolement dans le creux d’une vallée ou à la pointe d’un sommet, il nous fait tout à coup respirer un air nouveau, précisément parce que c’est un air qu’on a respiré autrefois, cet air plus pur que les poètes ont vainement essayé de faire réguer dans le paradis et qui ne pourrait donner cette sensation profonde de renouvellement que s’il avait été respiré déjà, car les vrais paradis sont les paradis qu’un a perdue.

33-   pour la jalousie il n’est ni passé ni avenir et que ce qu’elle imagine est toujours le Présent.

34-   Notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres.

35-   on aime toujours un peu à sortir de soi, à voyager, quand on lit”.

36-   Autrefois on rêvait de posséder le cœur de la femme dont on était amoureux; plus tard sentir qu’on possède le cœur d’une femme peut suffire à vous en rendre amoureux.

37-   Le désir fleurit, la possession flétrit toutes choses.

38-   Alors moi qui depuis mon enfance, vivant au jour le jour et ayant reçu d’ailleurs de moi-même et des autres une impression définitive, je m’aperçus pour la primière fois, d’après les métamorphoses qui s’étaient produites dans tous ces gens, du temps qui avait passé pour eux, ce qui me boulerversa par la révélation qu’il avait passé aussi pour moi.

39-   On ne trouve le bonheur qu’à faire ce qu’on aime avec les tendances profondes de son âme.

40-   …cette indifférence aux souffrances qu’on cause et qui,quelques autres noms qu’on lui donne, est la forme terrible et permanente de la cruauté .

41-   Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre.

42-   Ce que je reproche aux journaux, c’est de nous faire faire attention, tous les jours, à des choses insignifiantes, tandis que nous lisons trois ou quatre fois dans notre vie des choses essentielles.

43-   il ne faut jamais discuter sur les romans ni sur les pièces de théâtre. Chacun a sa manière de voir et vous pouvez trouver détestable ce que j’aime le mieux.

44-   Un homme qui dort, tient en cercle autour de lui le fil des heures, l’ordre des années et des mondes.

45-   Il faudrait choisir de cesser de souffrir ou de cesser d’aimer. Car, ainsi qu’au début il est formé par le désir, l’amour n’est entretenu plus tard que par l’anxiété douloureuse.

46-   “Si nous croyons qu’il y a peu de choses drôles, C’est que nous ne savons pas les y voir.”

47-   Désirer avoir de la volonté n’y suffisait pas. Il aurait fallu précisément ce que je ne pouvais sans volonté: le vouloir.

49-    Le bonheur est salutaire pour le corps, mais c’est le chagrin qui développe les forces de l’esprit.

50-   La force qui fait le plus de fois le tour de la terre en une seconde, ce n’est pas l’électricité, c’est la douleur.

51-   Nos plus grandes craintes, comme nos plus grandes espérances, ne sont pas au-dessus de nos forces, et nous pouvons finir par dominer les unes et réaliser les autres.

52-   Les châtiments, on croit les éviter parce qu’on fait attention aux voitures…Mais il en est d’internes. L’accident vient du côté auquel on ne songeait pas, du dedans, du coeur.

53-   La douleur est un aussi puissant modificateur de la réalité qu’est l’ivresse.

54-   On n’aime que ce qu’on ne possède pas tout entier.

55-   Notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres.

56-   Si la littérature constitue un moyen privilégié pour connaître la vie, c’est au fond parce qu’elle n’est finalement rien d’autre que la vie elle-même.

58-   Nous trouvons de tout dans notre mémoire. Elle est une espèce de pharmacie, de laboratoire de chimie, où on met au hasard la main tantôt sur une drogue calmante, tantôt sur un poison dangereux.

59-   Sans doute, l’amitié, l’amitié qui a égard aux individus, est une chose frivole, et la lecture est une amitié sincère (…). Dans la lecture, l’amitié est soudain ramenée à sa pureté première. Avec les livres, pas d’amabilité.

60-   La jalousie n’est souvent qu’un inquiet besoin de tyrannie appliqué aux choses de l’amour.

61-   Le bonheur seul est salutaire pour le corps, mais c’est le chagrin qui développe les forces de l’esprit.

62-   On désire être compris parce qu’on désire être aimé, et on désire être aimé parce qu’on aime. La compréhension des autres est indifférente et leur amour importun.

63-   L’intelligence n’est pas l’instrument le plus subtil, le plus puissant, le plus approprié pour saisir-le-Vrai… c’est la vie qui peu à peu, cas par cas, nous permet de remarquer que ce qui est le plus important pour notre coeur, ou pour notre esprit, ne nous est pas appris par le raisonnement mais par des puissances autres.

64-   La douleur est un aussi puissant modificateur de la réalité qu’est l’ivresse.

65-   On se souvient d’une atmosphère parce que des jeunes filles y ont souri.

66-   Nous n’arrivons pas à changer les choses suivant notre désir, mais peu à peu notre désir change.

67-   Dans l’attente, on souffre tant de l’absence de ce qu’on désire qu’on ne peut supporter une autre présence.

68-   Mais l’important dans la vie n’est pas ce qu’on aime, reprit-il (Charlus) d’un ton compétent, péremptoire et presque tranchant, c’est d’aimer.

69-   Je suis arrivé à un âge où il faut prendre parti, décider une fois pour toutes qui on veut aimer, et qui on veut dédaigner, se tenir à ceux qu’on aime et, pour réparer le temps qu’on a gâché avec les autres, ne plus les quitter jusqu’à la mort.

70-   Nos désirs vont s’interfèrant, et dans la confusion de l’existence, il est rare qu’un bonheur vienne justement se poser sur le désir qui l’avait réclamé.

71-   C’est étonnant comme la jalousie, qui passe son temps à faire de petites suppositions dans le faux, a peu d’imagination quand il s’agit de découvrir le vrai.

72-   On dédaigne volontiers un but qu’on n’a pas réussi à atteindre, ou qu’on atteint définitivement.

73-   Cette impossibilité où nous sommes, quand nous avons à raisonner sur la mort, de nous représenter autre chose que la vie.

74-   On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même après un trajet que personne ne peut faire pour nous, ne peut nous épargner, car elle est un point de vue sur les choses.

75-   Le temps dont nous disposons chaque jour est élastique; les passions que nous ressentons le dilatent, celles que nous inspirons le rétrécissent, et l’habitude le remplit.

76-   Quant au bonheur, il n’a presque qu’une seule utilité, rendre le malheur possible.

77-   Quand on aime, l’amour est trop grand pour pouvoir être contenu tout entier en nous; il irradie vers la personne aimée, rencontre en elle une surface qui l’arrête, le force à revenir vers son point de départ ; et c’est ce choc en retour de notre propre tendresse que nous appelons les sentiments de l’autre et qui nous charme plus qu’à l’aller, parce que nous ne connaissons pas qu’elle vient de nous.

78-   Le bonheur est salutaire pour le corps, mais c’est le chagrin qui développe les forces de l’esprit.

79-   « On ne connaît pas son bonheur. On n’est jamais aussi malheureux qu’on croit. »

80-   Ah ! dans ces premiers temps où l’on aime, les baisers naissent si naturellement !
Ils foisonnent si pressés les uns contre les autres ; et l’on aurait autant de peine à compter les baisers qu’on s’est donnés pendant une heure que les fleurs d’un champ au mois de mai.

81-   Le bonheur est salutaire pour le corps, mais c’est le chagrin qui développe les forces de l’esprit.

82-   Plus tard, l’absence porta d’autres enseignements plus amers encore, qu’on s’habitue à l’absence, que c’est la plus grande diminution de soi-même, la plus humiliante souffrance de sentir qu’on n’en souffre plus.

83-   Ah ! dans ces premiers temps où l’on aime, les baisers naissent si naturellement!
Ils foisonnent si pressés les uns contre les autres ; et l’on aurait autant de peine à compter les baisers qu’on s’est donnés pendant une heure que les fleurs d’un champ au mois de mai.

84-   On arrange aisément les récits du passé que personne ne connait plus, comme ceux des voyages dans les pays où personne n’est jamais allé.

85-   Nous travaillons à tout moment à donner sa forme à notre vie, mais en copiant malgré nous comme un dessin les traits de la personne que nous sommes et non de celle qu’il nous serait agréable d’être.

86-   Les gens du monde se représentent volontiers les livres comme une espèce de cube dont une face est enlevée, si bien que l’auteur se dépêche de “faire entrer” dedans les personnes qu’il rencontre.

87-   La vrai beauté est si particulière, si nouvelle qu’on ne la reconnaît pas pour la beauté.

88-   Les querelles qui fortifient un amour naissant avancent la fin d’un amour qui a beaucoup duré, comme ces maladies d’où les jeunes gens sortent plus vigoureux, mais auxquelles succombent les vieillards.

89-   On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même après un trajet que personne ne peut faire pour nous, ne peut nous épargner, car elle est un point de vue sur les choses.

90-   Les intérêts de notre vie sont si multiples qu’il n’est pas rare que dans une même circonstance les jalons d’un bonheur qui n’existe pas encore soient posés à côté de l’aggravation d’un chagrin dont nous souffrons.

91-   Si mes parents m’avaient permis, quand je lisais un livre, d’aller visiter la région qu’il décrivait, j’aurais cru faire un pas inestimable dans la conquête de la vérité.

92-   Un homme qui dort, tient en cercle autour de lui le fil des heures, l’ordre des années et des mondes. Il les consulte d’instinct en s’éveillant et y lit en une seconde le point de la terre qu’il occupe, le temps qui s’est écoulé jusqu’à son réveil.

93-   Ce n’est pas parce que les autres sont morts que notre affection pour eux s’affaiblit, c’est parce que nous mourons nous-mêmes.

94-   En amour, il est plus facile de renoncer à un sentiment que de perdre une habitude.

95-   La maladie est le plus écouté des médecins: à la bonté, au savoir on ne fait que promettre; on obéit à la souffrance.

96-   On ne guérit d’une souffrance qu’à condition de l’éprouver pleinement.

97-   Mon voyage à Balbec fut comme la première sortie d’un convalescent qui n’attendait plus qu’elle pour s’apercevoir qu’il est guéri.

98-   Chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même.

99-   Ce qui est étonnant, dit-il, c’est que ce public qui ne juge ainsi des hommes et des choses de la guerre que par les journaux est persuadé qu’il juge par lui-même.

100-          Les être nous sont d’habitude si indifférents que, quand nous avons mis dans l’un d’eux de telles possibilités de souffrance et de joie pour nous, il nous semble appartenir à un autre univers, il s’entoure de poésie, il fait de notre vie comme une étendue émouvante où il sera plus ou moins rapproché de nous.

101-          L’espérance d’être soulagé lui donne du courage pour souffrir.

102-          Il n’y a plus de société, plus de règles, plus de convenances, pas plus pour la conversation que pour la toilette. Ah ! mon cher, c’est la fin du monde. Tout le monde est si méchant. C’est à qui dira le plus de mal des autres. C’est une horreur.

103-          Jusque là, parce que je n’avais pas compris, je n’avais pas vu. Le vice (on parle ainsi pour la commodité du langage), le vice de chacun l’accompagne à la façon de ce génie qui était invisible pour les hommes tant qu’ils ignoraient sa présence. La bonté, les fourberies, le nom, les relations mondaines ne se laissent pas découvrir, et on les porte cachés. Ulysse lui-même ne reconnaissait pas Athénée.

104-          Les êtres nous sont d’habitude si indifférents que, quand nous avons mis dans l’un d’eux de telles possibilités de souffrance et de joie pour nous, il nous semble appartenir à un autre univers, il s’entoure de poésie, il fait de notre vie comme une étendue émouvante où il sera plus ou moins rapproché de nous.

105-          Il n’y a rien de plus agréable que de se donner de l’ennui pour une personne qui en vaille la peine.

106-          Une personne n’est pas, comme j’avais cru, claire et immobile devant nous avec ses qualités, ses défauts, ses projets, ses intentions à notre égard (comme un jardin qu’on regarde, avec toutes ses plates-bandes, à travers une grille), mais est une ombre où nous ne pouvons jamais pénétrer, pour laquelle il n’existe pas de connaissance directe, au sujet de quoi nous nous faisons des croyances nombreuses à l’aide de paroles et même d’actions, lesquelles les unes et les autres ne nous donnent que des renseignements insuffisants et d’ailleurs contradictoires, une ombre où nous pouvons tour à tour imaginer, avec autant de vraisemblance, que brillent la haine et l’amour.

107-          Je trouve ridicule au fond qu’un homme de son intelligence souffre pour une personne de ce genre et qui n’est même pas intelligente, car on la dit idiote “, ajouta-t-elle avec la sagesse des gens non amoureux qui trouvent qu’un homme d’esprit ne devrait être malheureux que pour une personne qui en valût la peine ; c’est à peu près comme s’étonner qu’on daigne souffrir du choléra par le fait d’un être aussi petit que le bacille virgule.

108-          Jusque là, parce que je n’avais pas compris, je n’avais pas vu. Le vice (on parle ainsi pour la commodité du langage), le vice de chacun l’accompagne à la façon de ce génie qui était invisible pour les hommes tant qu’ils ignoraient sa présence. La bonté, les fourberies, le nom, les relations mondaines ne se laissent pas découvrir, et on les porte cachés. Ulysse lui-même ne reconnaissait pas Athénée.

109-          … les femmes qu’on aime plus et qu’on rencontre après des années, n’y a-t-il pas entre elles et vous la mort, tout aussi bien que si elles n’étaient plus de ce monde, puisque le fait que notre amour n’existe plus fait de celles qu’elles étaient alors, ou de celui que nous étions, des morts?

110-       

1-      … les femmes qu’on aime plus et qu’on rencontre après des années, n’y a-t-il pas entre elles et vous la mort, tout aussi bien que si elles n’étaient plus de ce monde, puisque le fait que notre amour n’existe plus fait de celles qu’elles étaient alors, ou de celui que nous étions, des morts?

2-      On n’est jamais aussi malheureux qu’on croit.

3-      Le chagrin qui n’est nullement une conclusion pessimiste librement tirée d’un ensemble de circonstances funestes, mais la reviviscence intermittente et involontaire d’une impression spécifique, venue du dehors, et que nous n’avons pas choisie.

4-      Les idées sont des succédanés des chagrins; au moment où ceux-ci se changent en idées, ils perdent une partie de leur action nocive sur notre cœur, et même au premier instant, la transformation elle-même dégage subitement de la joie.

5-      Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux.

6-      … les femmes qu’on aime plus et qu’on rencontre après des années, n’y a-t-il pas entre elles et vous la mort, tout aussi bien que si elles n’étaient plus de ce monde, puisque le fait que notre amour n’existe plus fait de celles qu’elles étaient alors, ou de celui que nous étions, des morts?

7-      On ne connaît pas son bonheur. On n’est jamais aussi malheureux qu’on croit.

8-      Le chagrin qui n’est nullement une conclusion pessimiste librement tirée d’un ensemble de circonstances funestes, mais la reviviscence intermittente et involontaire d’une impression spécifique, venue du dehors, et que nous n’avons pas choisie.

9-      Les idées sont des succédanés des chagrins; au moment où ceux-ci se changent en idées, ils perdent une partie de leur action nocive sur notre cœur, et même au premier instant, la transformation elle-même dégage subitement de la joie.

10-   En réalité, dans l’amour il y a une souffrance permanente, que la joie neutralise, rend virtuelle, ajourne, mais qui peut à tout moment devenir ce qu’elle serait depuis longtemps si l’on avait pas obtenu ce qu’on souhaitait, atroce.

11-   C’est tout de même malheureux que ce soit à moi d’apprendre son histoire à un professeur en Sorbonne.

12-   Celui qui veut entretenir en soi le désir de continuer à vivre et la croyance en quelque chose de plus délicieux que les choses habituelles, doit se promener. Car les rues, les avenues sont pleines de Déesses. Mais les Déesses ne se laissent pas approcher.

13-   Ce qu’il faut savoir, c’est si vraiment tu es cet être qui est au dernier rang de l’esprit, et même du charme, l’être méprisable qui n’est pas capable de renoncer à un plaisir. Alors, si tu es cela, comment pourrait-on t’aimer, car tu n’es même pas une personne, une créature définie, imparfaite, mais du moins perfectible? Tu es une eau informe qui coule selon la pente qu’on lui offre, un poisson sans mémoire et sans réflexion qui tant qu’il vivra dans son aquarium se heurtera cent fois par jour contre le vitrage qu’il continuera à prendre pour de l’eau.

14-   Mais pourquoi est-ce qu’on ne peut pas tout dire, tout penser? Je peux avoir raison, vous aussi. Comme c’est terrible et étroit d’avoir une opinion.

15-   Mais il compta que cette existence durait déjà depuis plusieurs années, que tout ce qu’il pouvait espérer c’est qu’elle durât toujours, qu’il sacrifierait ses travaux, ses plaisirs, ses amis, finalement toute sa vie à l’attente quotidienne d’un rendez-vous qui ne pouvait rien lui apporter d’heureux, et il se demanda s’il ne se trompait pas, si ce qui avait favorisé sa liaison et en avait empêché la rupture n’avait pas desservi sa destinée, si l’événement désirable, ce n’aurait pas été celui dont il se réjouissait tant qu’il n’eût eu lieu qu’en rêve : son départ ; il se dit qu’on ne connaît pas son malheur, qu’on n’est jamais si heureux qu’on croit.

16-   Car tant que notre coeur enferme d’une façon permanente l’image d’un autre être, ce n’est pas seulement notre bonheur qui peut à tout moment être détruit; quand ce bonheur est évanoui, quand nous avons souffert, puis, que nous avons réussi à endormir notre souffrance, ce qui est aussi trompeur et précaire qu’avait été le bonheur même, c’est le calme.

17-   Mais même au point de vue des plus insignifiantes choses de la vie, nous ne sommes pas un tout matériellement constitué, identique pour tout le monde et dont chacun n’a qu’à aller prendre connaissance comme d’un cahier des charges ou d’un testament; notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres. Même l’acte si simple que nous appelons “voir une personne que nous connaissons” est en partie un acte intellectuel. Nous remplissons l’apparence physique de l’être que nous voyons de toutes les notions que nous avons sur lui, et dans l’aspect total que nous nous représentons, ces notions ont certainement la plus grande part. Elles finissent par gonfler si parfaitement les joues, par suivre en une adhérence si exacte la ligne du nez, elles se mêlent si bien de nuancer la sonorité de la voix, comme si celle-ci n’était qu’une transparente enveloppe, que chaque fois que nous voyons ce visage et que nous entendons cette voix, ce sont ces notions que nous retrouvons, que nous écoutons.

18-   Comme tous ceux qui possèdent une chose, pour savoir ce qui arriverait s’il cessait un moment de la posséder il avait ôté cette chose de son esprit, en y laissant tout le reste dans le même état que quand elle était là. Or l’absence d’une chose, ce n’est pas que cela, ce n’est pas un simple manque partiel, c’est un bouleversement de tout le reste, c’est un état nouveau qu’on ne peut prévoir dans l’ancien.

19-   Ah! dans ces premiers temps où l’on aime, les baisers naissent si naturellement ! Ils foisonnent si pressés les uns contre les autres; et l’on aurait autant de peine à compter les baisers qu’on s’est donnés pendant une heure que les fleurs d’un champ au mois de mai.

20-   Autrefois on rêvait de posséder le cœur de la femme dont on était amoureux; plus tard sentir qu’on possède le cœur d’une femme peut suffire à vous en rendre amoureux.

21-   Car l’homme est cet être sans âge fixe, cet être qui a la faculté de redevenir en quelques secondes de beaucoup d’années plus jeune, et qui entouré des parois du temps où il a vécu, y flotte, mais comme dans un bassin dont le niveau changerait constamment et le mettrait à la portée tantôt d’une époque, tantôt d’une autre.

22-   Nous sommes tous obligés pour rendre la réalité supportable d’entretenir en nous quelques petites folies.

23-   (…) la sagesse des gens non amoureux, qui trouvent qu’un homme d’esprit ne devrait être malheureux que pour une personne qui en valût la peine, c’est à peu près comme s’étonner qu’on daigne souffrir du choléra par le fait d’un être aussi petit que le bacille virgule.

24-   Et avec cette muflerie intermittente qui reparaissait chez lui dès qu’il n’était plus malheureux et que baissait du même coup le niveau de sa moralité, il s’écria en lui-même: “Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre!”

25-   Comme on sait peu ce qu’on a dans le coeur!

26-   On se souvient d’une atmosphère parce que des jeunes filles y ont souri.

27-   La possession de ce qu’on aime est une joie plus grande encore que l’amour.

28- En amour, il est plus facile de renoncer à un sentiment que de perdre une habitude.

29-   L’amour devient immense, nous ne songeons pas combien la femme réelle y tient peu de place.

30-   Je l’aimais et ne pouvais par conséquent la voir sans ce trouble, sans ce désir de quelque chose de plus qui ôte, auprès de l’être qu’on aime, la sensation d’aimer.

31-   Sans doute peu de personnes comprennent le caractère purement subjectif du phénomène qu’est l’amour, et la sorte de création que c’est d’une personne supplémentaire, distincte de celle qui porte le même nom dans le monde, et dont la plupart des éléments sont tirés de nous-mêmes.

32-   L’amour le plus exclusif pour une personne est toujours l’amour d’autre chose.

33-   Si tranquille qu’on se croie quand on aime, on a toujours l’amour dans son coeur en état d’équilibre instable.

34-   La manière chercheuse, anxieuse, exigeante, que nous avons de regarder la personne que nous aimons rend notre attention en face de l’être aimé trop tremblante pour qu’elle puisse obtenir de lui une image bien nette.

35-   Si tranquille qu’on se croie quand on aime, on a toujours l’amour dans son coeur en état d’équilibre instable.

36-   Le bonheur, la possession de la beauté, ne sont pas des choses inaccessibles et nous avons fait oeuvre inutile en y renonçant à jamais.

37-   Pour tous les éléments qui dans la vie et ses situations contrastées se rapportent à l’amour, le mieux est de ne pas essayer de comprendre, puisque, dans ce qu’ils ont d’inexorable comme d’inespéré, ils semblent régis par des lois plutôt magiques que rationnelles.

38-   On peut avoir du goût pour une personne. Mais pour déchaîner cette tristesse, ce sentiment de l’irréparable, ces angoisses qui préparent l’amour, il faut – et il est peut-être ainsi, plutôt que ne l’est une personne, l’objet même que cherche anxieusement à étreindre la passion – le risque d’une impossibilité.

39-   Le mensonge ne recommence à nous causer l’indignation, et la bonté la reconnaissance qu’ils devraient toujours exciter en nous, que s’ils viennent d’une femme que nous aimons, et le désir physique a ce merveilleux pouvoir de rendre son prix à l’intelligence et des bases solides à la vie morale.

40-   En amour, notre rival heureux, autant dire notre ennemi, est notre bienfaiteur. A un être qui n’excitait en nous qu’un insignifiant désir physique il ajoute aussitôt une valeur immense, étrangère, mais que nous confondons avec lui. Si nous n’avions pas de rivaux, le plaisir ne se transformerait pas en amour.

41-   Il semble que dans la vie mondaine, reflet insignifiant de ce qui se passe en amour, la meilleure manière qu’on vous recherche, c’est de se refuser.

42-   Son sommeil réalisait, dans une certaine mesure, la possibilité de l’amour; seul, je pouvais penser à elle, mais elle me manquait, je ne la possédais pas; présente, je lui parlais, mais étais trop absent de moi-même pour pouvoir penser. Quand elle dormait, je n’avais plus à parler, je savais que je n’étais plus regardé par elle, je n’avais plus besoin de vivre à la surface de moi-même.

43-   On n’aime que ce en quoi on poursuit quelque chose d’inaccessible, on n’aime que ce qu’on ne possède pas.

44-   Dans les personnes que nous aimons, il y a, immanent à elles, un certain rêve que nous ne savons pas toujours discerner mais que nous poursuivons.

45-   Les mille bontés de l’amour peuvent finir par éveiller chez l’être qui l’inspire et ne l’éprouve pas, une affection, une reconnaissance, moins égoïstes que le sentiment qui les a provoquées, et qui, peut-être, après des années de séparation, quand il ne resterait rien de lui chez l’ancien amant, subsisterait toujours chez l’aimée.

46-   Une femme qu’on aime suffit rarement à tous nos besoins et on la trompe avec une femme qu’on n’aime pas.

47-   Vivez tout à fait avec la femme et vous ne verrez plus rien de ce qui vous l’a fait aimer.

48-   Pendant quelques minutes, je sentis qu’on peut être près de la personne qu’on aime et cependant ne pas l’avoir avec soi.

49-   Quand on veut se rappeler de quelle façon on a commencé d’aimer une femme, on aime déjà; les rêveries d’avant, on ne se disait pas : c’est le prélude d’un amour, faisons attention; et elles avançaient par surprise, à peine remarquées de nous.

50-   Les homosexuels seraient les meilleurs maris du monde s’ils ne jouaient pas la comédie d’aimer les femmes.

51-   La souffrance dans l’amour cesse par instants, mais pour reprendre d’une façon différente. Nous pleurons de voir celle que nous aimons ne plus avoir avec nous ces élans de sympathie, ces avances amoureuses du début, nous souffrons plus encore que, les ayant perdus pour nous, elle les retrouve pour d’autres.

52-   Nos désirs vont s’interférant et, dans la confusion de l’existence, il est rare qu’un bonheur vienne justement se poser sur le désir qui l’avait réclamé.

53-   S’il peut quelquefois suffire pour que nous aimions une femme qu’elle nous regarde avec mépris, et que nous pensions qu’elle ne pourra jamais nous appartenir, quelquefois aussi il peut suffire qu’elle nous regarde avec bonté et que nous pensions qu’elle pourra nous appartenir.

54-   Nos désirs vont s’interférant et, dans la confusion de l’existence, il est rare qu’un bonheur vienne justement se poser sur le désir qui l’avait reclame.

55-   Mais le bonheur ne peut jamais avoir lieu. Si les circonstances arrivent à être surmontées, la nature transporte la lutte du dehors au dedans et fait peu à peu changer assez notre coeur pour qu’il désire autre chose que ce qu’il va posséder. Et si la péripétie a été si rapide que notre coeur n’a pas eu le temps de changer, la nature ne désespère pas pour cela de nous vaincre, d’une manière plus tardive il est vrai, plus subtile, mais aussi efficace. C’est alors à la dernière seconde que la possession du bonheur nous est enlevée, ou plutôt c’est cette possession même que par ruse diabolique la nature charge de détruire le bonheur. Ayant échoué dans tout ce qui était du domaine des faits et de la vie, c’est une impossibilité dernière, l’impossibilité psychologique du bonheur, que la nature crée. Le phénomène du bonheur ne se produit pas ou donne lieu aux réactions les plus amères.

56-   Je ressentis devant elle ce désir de vivre qui renaît en nous chaque fois que nous prenons de nouveau conscience de la beauté et du bonheur.

57-   Ce fut vers cette époque que Bloch bouleversa ma conception du monde, ouvrit pour moi des possibilités nouvelles de bonheur (qui devaient du reste se changer plus tard en possibilités de souffrance), en m’assurant que, contrairement à ce que je croyais au temps de mes promenades du côté de Méséglise, les femmes ne demandaient jamais mieux que de faire l’amour.

58-   Je sentais que la recherche du bonheur dans la satisfaction du désir moral était aussi naïve que l’entreprise d’atteindre l’horizon en marchant devant soi. Plus le désir avance, plus la possession véritable s’éloigne. De sorte que si le bonheur, ou du moins l’absence de souffrances, peut être trouvé, ce n’est pas la satisfaction, mais la réduction progressive, l’extinction finale du désir qu’il faut chercher. On cherche à voir ce qu’on aime, on devrait chercher à ne pas le voir, l’oubli seul finit par amener l’extinction du désir.

59-   Quant au bonheur, il n’a presque qu’une seule utilité, rendre le malheur possible.

60-   A supposer qu’elle eût éprouvé du bonheur à passer les après-midi rien qu’avec moi, à Balbec, je savais qu’il ne se laisse jamais posséder complètement et qu’Albertine, encore à l’âge (que certains ne dépassent pas) où on n’a pas découvert que cette imperfection tient à celui qui éprouve le bonheur, non à celui qui le donne, eût pu être tentée de faire remonter à moi la cause de sa déception.

– On ne connaît pas son bonheur. On n’est jamais aussi malheureux qu’on croit.

– quand, fatigué de la sonate, qui était un univers épuisé pour moi, j’essayais d’en imaginer d’autres aussi beaux mais différents, je faisais seulement comme ces poètes qui remplissent leur prétendu paradis de prairies, de fleurs, de rivières, qui font double emploi avec celles de la Terre.

– Comment a-t-on le courage de souhaiter vivre, comment peut-on faire un mouvement pour se préserver de la mort, dans un monde où l’amour n’est provoqué que par le mensonge et consiste seulement dans notre besoin de voir nos souffrances apaisées par l’être qui nous a fait souffrir?

– Il n’y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré.

– Je trouve très raisonnable la croyance celtique que les âmes de ceux que nous avons perdus sont captives dans quelque être inférieur, dans une bête, un végétal, une chose inanimée, perdues en effet pour nous jusqu’au jour, qui pour beaucoup ne vient jamais, où nous nous trouvons passer près de l’arbre, entrer en possession de l’objet qui est leur prison. Alors elles tressaillent, nous appellent, et sitôt que nous les avons reconnues, l’enchantement est brisé. Délivrées par nous, elles ont vaincu la mort et reviennent vivre avec nous.

– Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre!

– Et, comme la durée moyenne de la vie – la longévité relative – est beaucoup plus grande pour les souvenirs des sensations poétiques que pour ceux des souffrances du cœur, depuis si longtemps que se sont évanouis les chagrins que j’avais à cause de Gilberte, il leur a survécu le plaisir que j’éprouve, chaque fois que je veux lire, en une sorte de cadran solaire, les minutes qu’il y a entre midi un quart et une heure, au mois de mai, à me revoir causant ainsi avec Mme Swann, sous son ombrelle, comme sous le reflet d’un berceau de glycines.

– Qui ne se souvient comme moi de ces lectures faites au temps des vacances, qu’on allait cacher successivement dans toutes celles des heures du jour qui étaient assez paisibles et assez inviolables pour pouvoir leur donner asile?

– Comme il n’est de connaissance, on peut presque dire qu’il n’est de jalousie que de soi-même. L’observation compte peu. Ce n’est que du plaisir ressenti par soi-même qu’on peut tirer savoir et douleur.

– Il semble que dans la vie mondaine, reflet insignifiant de ce qui se passe en amour, la meilleure manière qu’on vous recherche, c’est de se refuser.

– La nature ne me semble guère capable de donner que des maladies assez courtes. Mais la médecine s’est annexé l’art de les prolonger.

– On refuse dédaigneusement, à cause de ce qu’on aime aujourd’hui, de voir ce qu’on aimera demain.

– Les mots ne changent pas tant de signification pendant des siècles que pour nous les noms dans l’espace de quelques années. Notre mémoire et notre cœur ne sont pas assez grands pour pouvoir être fidèles. Nous n’avons pas assez de place, dans notre pensée actuelle, pour y garder les morts à côté des vivants.

– Les surfaces et les volumes sont en réalité indépendants des noms d’objets que notre mémoire leur impose quand nous les avons reconnus.

– Les plus cruels de nos adversaires ne sont pas ceux qui nous contredisent et essayent de nous persuader, mais ceux qui grossissent ou inventent les nouvelles qui peuvent nous désoler.

– Mon passé ne projetait plus devant moi cette ombre de lui-même que nous appelons notre avenir.

– Un changement de temps suffit à recréer le monde et nous mêmes.

– Les êtres n’existent pour nous, que par l’idée que nous avons d’eux.

– Pour peu que la nuit tombe et que la voiture aille vite, à la campagne, dans une ville, il n’y a pas un torse féminin, mutilé comme un marbre antique par la vitesse qui nous entraîne et le crépuscule qui le noie, qui ne tire sur notre coeur, à chaque coin de route, du fond de chaque boutique, les flèches de la Beauté, de la Beauté dont on serait parfois tenté de se demander si elle est en ce monde autre chose que la partie de complément qu’ajoute à une passante fragmentaire et fugitive notre imagination surexcitée par le regret.

– “Car il y a dans ce monde où tout s’use, où tout périt, une chose qui tombe en ruine, qui se détruit encore plus complètement, en laissant encore moins de vestiges que la beauté : c’est le chagrin.”

– Tant de fois, au cours de ma vie, la réalité m’avait déçu parce que au moment où je la percevais, mon imagination qui était mon seul organe pour jouir de la beauté, ne pouvait s’appliquer à elle en vertu de la loi inévitable qui veut qu’on ne puisse imaginer que ce qui est absent.

– Je m’étais rendu compte que seule la perception grossière et erronée place tout dans l’objet, quand tout est dans l’esprit.

– Les chagrins sont des serviteurs obscurs, détestés, contre lesquels on lutte, sous l’empire de qui on tombe de plus en plus, des serviteurs atroces, impossibles à remplacer et qui par des voies souterraines nous mènent à la vérité et à la mort. Heureux ceux qui ont rencontré la première avant la seconde, et pour qui si proches qu’elles doivent être l’une de l’autre, l’heure de la vérité a sonné avant l’heure de la mort.

– Mais, tout de même, quand un être est si mal conformé (et peut-être dans la nature cet être est-il l’homme) qu’il ne puisse aimer sans souffrir, et qu’il faille souffrir pour apprendre des vérités, la vie d’un tel être finit par être bien lassante. Les années heureuses sont les années perdues, on attend une souffrance pour travailler. L’idée de la souffrance préalable s’associe à l’idée du travail, on a peur de chaque nouvelle œuvre en pensant aux douleurs qu’il faudra supporter d’abord pour l’imaginer. Et comme on comprend que la souffrance est la meilleure chose que l’on puisse rencontrer dans la vie, on pense sans effroi, presque comme à une délivrance à la mort.

– En exact analyste, j’avais cru bien connaître le fond de mon cœur. Mais notre intelligence, si grande soit-elle, ne peut apercevoir les éléments qui le composent et qui restent insoupçonnés tant que, de l’état volatil où ils subsistent la plupart du temps, un phénomène capable de les isoler ne leur a pas fait subir un commencement de solidification. Je m’étais trompé en croyant voir clair dans mon cœur. Mais cette connaissance que ne m’avaient pas donnée les plus fines perceptions de l’esprit venait de m’être apportée, dure, éclatante, étrange, comme un sel cristallisé par la brusque réaction de la douleur.

– On n’apprécie jamais personne autant que ceux qui joignent à de grandes vertus celle de les mettre sans compter à la disposition de nos vices.

– Mais la caractéristique de l’âge ridicule que je traversais — âge nullement ingrat, très fécond — est qu’on n’y consulte pas l’intelligence et que les moindres attributs des êtres semblent partie indivisible de leur individualité. Tout entouré de monstres et de dieux, on ne connaît guère le calme. Il n’y a presque pas un des gestes qu’on a faits alors, qu’on ne voudrait plus tard pouvoir abolir. Mais ce qu’on devrait regretter au contraire, c’est ne ne plus posséder la spontanéité qui nous les faisait accomplir. Plus tard on voit les choses d’une façon plus pratique, en conformité avec le reste de la société, mais l’adolescence est le seul temps où l’on ait appris quelque chose.

– Que n’y avez-vous oublié aussi votre cœur, je ne vous aurais pas laissé le reprendre.
A quelque heure du jour et de la nuit que vous ayez besoin de moi, faites-moi signe et disposez de ma vie.

– On n’aime plus personne dès qu’on aime.

– Les êtres nous sont d’habitude si indifférents que, quand nous avons mis dans l’un d’eux de telles possibilités de souffrance et de joie pour nous, il nous semble appartenir à un autre univers, il s’entoure de poésie, il fait de notre vie comme une étendue émouvante où il sera plus ou moins rapproché de nous.

– On a tort de parler en amour de mauvais choix, puisque dès qu’il y a choix il ne peut être que mauvais.

– …il y a des êtres en effet – et ç’avait été dès la jeunesse mon cas – pour qui tout ce qui a une valeur fixe, constatable par d’autres, la fortune, le succès, les hautes situations, ne comptent pas ; ce qui leur faut ce sont des fantômes. Ils y sacrifient tout le reste, mettent tout en oeuvre, font tout servir à rencontrer tel fantôme. Mais celui-ci ne tarde pas à s’évanouir ; alors on court après tel autre, quitte à revenir ensuite au premier.

– …il y a des êtres en effet – et ç’avait été dès la jeunesse mon cas – pour qui tout ce qui a une valeur fixe, constatable par d’autres, la fortune, le succès, les hautes situations, ne comptent pas ; ce qui leur faut ce sont des fantômes. Ils y sacrifient tout le reste, mettent tout en oeuvre, font tout servir à rencontrer tel fantôme. Mais celui-ci ne tarde pas à s’évanouir ; alors on court après tel autre, quitte à revenir ensuite au premier.

– En réalité, elle ne se résignait jamais à rien acheter dont on ne pût tirer un profit intellectuel, et surtout celui que nous procurent les belles choses en nous apprenant à chercher notre plaisir ailleurs que dans les satisfactions du bien-être et de la vanité.

– l n’y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré.

– Alors il se rappela que, le matin même, pendant qu’il était à la messe, […] il avait prié : “Mon Dieu ! mon Dieu ! faites-moi la grâce de l’aimer toujours.” […]
Maintenant, dans une de ces heures toutes physiques où l’âme s’efface en nous derrière l’estomac qui digère, la peau qui jouit d’une ablution récente et d’un linge fin, la bouche qui fume, l’œil qui se repaît d’épaules nues et de lumières, il répétait plus mollement sa prière, doutant d’un miracle qui viendrait déranger la loi physiologique de son inconstance aussi impossible à rompre que les lois physiques de la pesanteur ou de la mort.

– Malgré ma répulsion pour les huîtres, après que j’eus songé (me disiez-vous encore) à leurs voyages dans la mer que leur goût évoquerait maintenant pour moi, elle me sont devenues, surtout quand j’étais loin de la mer, un suggestif régal. Ainsi les aptitudes physiques, plaisir de contact, gourmandise, plaisir des sens, reviennent se greffer là où notre goût du beau a pris racine.

– Ses yeux pétillaient de bêtise. Sa figure souriante était noble, sa mimique excessive et insignifiante. Elle avait, par confiance en Dieu, une même agitation optimiste la veille d’une garden party ou d’une révolution, avec des gestes rapides qui semblaient conjurer le radicalisme ou le mauvais temps.

– Madame, il se peut que j’oublie
Votre divin profil d’oiseau
Et que je crève ma folie
Comme on saute dans un cerceau
Mes vos yeux au plafond de ma tête
Luiront comme des lustres clairs.

– On désire être compris parce qu’on désire être aimé, et on désire être aimé parce qu’on aime.

– Zola, un poète !

– Mais oui, répondit en riant la duchesse, ravie par cet effet de sidération. ‘ Que votre Altesse remarque comme il grandit tout ce qu’il touche. Vous me direz qu’il ne touche justement qu’à ce qui…porte bonheur ! Mais il en fait quelque chose d’immense ; il a le fumier épique ! C ‘est l’Homère de la vidange ! Il n’a pas assez de majuscules pour écrire le mot de Cambronne..

– On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même, après un trajet que personne ne peut faire pour nous, ne peut nous épargner, car elle est un point de vue sur les choses.

– (Sainte-Beuve) ne faisait pas de démarcation entre l’occupation littéraire, où, dans la solitude, faisant taire ces paroles, qui sont aux autres autant qu’à nous, et avec lesquelles, même seuls, nous jugeons les choses sans être nous-mêmes, nous nous remettons face à face avec nous-mêmes, nous tâchons d’entendre, et de rendre, le son vrai de notre coeur, et non la conversation!

– On désire être compris parce qu’on désire être aimé, et on désire être aimé parce qu’on aime.

– On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même, après un trajet que personne ne peut faire pour nous, ne peut nous épargner, car elle est un point de vue sur les choses.

– Quand on travaille pour plaire aux autres on peut ne pas réussir, mais les choses qu’on a faites pour se contenter soi-même ont toujours chance d’intéresser quelqu’um.

– L’amour est inguérissable.

– La jalousie qui a un bandeau sur les yeux n’est pas seulement impuissante à rien découvrir dans les ténèbres qui l’enveloppent, elle est encore un de ces supplices où la tâche est à recommencer sans cesse, comme celle des Danaïdes, comme celle d’Ixion.

– Je trouve très raisonnable la croyance celtique que les âmes de ceux que nous avons perdus sont captives dans quelque être inférieur, dans une bête, un végétal, une chose inanimée, perdues en effet pour nous jusqu’au jour, qui pour beaucoup ne vient jamais, où nous nous trouvons passer près de l’arbre, entrer en possession de l’objet qui est leur prison. alors elles tressaillent, nous appellent, et sitôt que nous les avons reconnues, l’enchantement est brisé. Délivrées par nous, elles ont vaincu la mort et reviennent vivre avec nous.
Il en est ainsi de notre passé. C’est peine perdue que nous cherchions à l’évoquer, tous les efforts de notre intelligence sont inutiles. Il est caché hors de son domaine et de sa portée, en quelque objet matériel (en la sensation que nous donnerait cet objet matériel), que nous ne soupçonnons pas. Cet objet, il dépend du hasard que nous le rencontrions avant de mourir, ou que nous ne le rencontrions pas.

– …car il y a une chose plus difficile encore que de s’astreindre à un régime, c’est de ne pas l’imposer aux autres.

– alors chaque château, chaque hôtel ou palais a sa dame ou sa fée, comme les forêts leur génie et leurs divinités les eaux. Parfois, cachée au fond de son nom, la fée se transforme au gré de la vie de notre imagination qui la nourrit;

– Mais dis-moi, toi qui sais, ce n’est pas vrai que les morts ne vivent plus. Ce n’est pas vrai tout de même, malgré ce qu’on dit, puisque grand-mère vit encore.

– …] ne pas avoir aimé en vain, pour une heure, des êtres qui demain ne seraient plus qu’un nom sur une page oubliée, dans un livre sans rapport avec la vie et sur la valeur duquel nous nous étions bien mépris puisque son lot ici-bas, nous le comprenions maintenant […].

– La lecture est au seuil de la vie spirituelle ; elle peut nous y introduire : elle ne l’a constitue pas.

– Sans doute, l’amitié, l’amitié qui a égard aux individus est une chose frivole et la lecture est une amitié. Mais du moins c’est une amitié sincère, et le fait qu’elle s’adresse à un mort, à un absent, lui donne quelque chose de désintéressé, de presque touchant […] Dans la lecture, l’amitié est soudain ramenée à sa pureté première. Avec les livres, pas d’amabilité. Ces amis-là, si nous passons la soirée avec eux, c’est vraiment que nous en avons envie. Eux du moins, nous ne les quittons souvent qu’à regret. Et quand nous les avons quittés, aucune de ces pensées qui gâtent l’amitié : qu’ont-ils pensé de nous ? N’avons-nous pas manqué de tact ? Avons-nous plu ? Et la peur d’être oublié pour tel autre. Toutes ces agitations de l’amitié expirent au seuil de cette amitié pure et calme qu’est la lecture.

– Mais à l’époque où j’aimais Gilberte, je croyais encore que l’Amour existait réellement en dehors de nous; que, en permettant tout au plus que nous écartions les obstacles, il offrait ses bonheurs dans un ordre auquel on n’était pas libre de rien changer; il me semblait que si j’avais, de mon chef, substitué à la douceur de l’aveu la simulation de l’indifférence, je ne me serais pas seulement privé d’une des joies dont j’avais le plus rêvé mais que je me serais fabriqué à ma guise un amour factice et sans valeur, sans communication avec le vrai, dont j’aurais renoncé à suivre les chemins mystérieux et préexistants.

– Tout à coup l’air se déchira : entre le guignol et le cirque, à l’horizon embelli, sur le ciel entrouvert, je venais d’apercevoir, comme un signe fabuleux, le plumet bleu de Mademoiselle. Et déjà Gilberte courait à toute vitesse dans ma direction, étincelante et rouge sous un bonnet carré de fourrure, animée par le froid, le retard et le désir du jeu ; un peu avant d’arriver à moi, elle se laissa glisser sur la glace et, soit pour mieux garder son équilibre, soit parce qu’elle trouvait cela plus gracieux, ou par affectation du maintien d’une patineuse, c’est les bras grands ouverts qu’elle avançait en souriant, comme si elle avait voulu m’y recevoir.

– …chaque soir, fort tard, avant de me quitter, elle glissait dans ma bouche sa langue, comme un pain quotidien, comme un aliment nourrissant et ayant le caractère presque sacré de toute chair à qui les souffrances que nous avons endurées à cause d’elle ont fini par conférer une sorte de douceur morale…

– …quand elle avait penché vers mon lit sa figure aimante, et me l’avait tendue comme une hostie pour une communion de paix où mes lèvres puiseraient sa présence réelle et le pouvoir de m’endormir.

– Mais à l’époque où j’aimais Gilberte, je croyais encore que l’Amour existait réellement en dehors de nous; que, en permettant tout au plus que nous écartions les obstacles, il offrait ses bonheurs dans un ordre auquel on n’était pas libre de rien changer; il me semblait que si j’avais, de mon chef, substitué à la douceur de l’aveu la simulation de l’indifférence, je ne me serais pas seulement privé d’une des joies dont j’avais le plus rêvé mais que je me serais fabriqué à ma guise un amour factice et sans valeur, sans communication avec le vrai, dont j’aurais renoncé à suivre les chemins mystérieux et préexistants.

–               A vrai dire, souvent resté tard dans le monde, il aurait mieux aimé rentrer directement chez lui sans faire cette longue course et ne la voir que le lendemain; mais le fait même de se déranger à une heure anormale pour aller chez elle, de deviner que les amis qui le quittaient se disaient : “il est très tenu, il y a certainement une femme qui le force à aller chez elle à n’importe quelle heure”, lui faisait sentir qu’il menait la vie des hommes qui ont une affaire amoureuse dans leur existence, et en qui le sacrifice qu’ils font de leur repos et de leurs intérêts à une rêverie voluptueuse fait naître un charme intérieur.

– […] il appartenait à cette catégorie d’hommes intelligents qui ont vécu dans l’oisiveté et qui cherchent une consolation et peut-être une excuse dans l’idée que cette oisiveté offre à leur intelligence des objets aussi dignes d’intérêt que pourrait faire l’art ou l’étude, que la « Vie » contient des situations plus intéressantes, plus romanesques que tous les romans.

– Mais quand même elle se contenterait d’un grattement on reconnaîtrait tout de suite sa petite souris, surtout quand elle est aussi unique et à plaindre que la mienne.

– Mais quand même elle se contenterait d’un grattement on reconnaîtrait tout de suite sa petite souris, surtout quand elle est aussi unique et à plaindre que la mienne.
(La grand-mère du narrateur à l’adresse de ce dernier.)

– … précisément ces journées-là, parce que je n’en savais pas l’emploi, elles ne se représentaient pas à mon imagination, elles n’y avaient pas d’existence. Les choses, les êtres ne commençaient à exister pour moi que quand ils prenaient dans mon imagination une existence individuelle. S’il y en avait des milliers d’autres pareils, ils devenaient pour moi représentatif du reste.

– On croit que selon son désir; on changera autour de soi les choses, on le croit parce que hors de là on ne voit aucune solution favorable. On ne pense pas à celle qui se produit le plus souvent et qui est favorable aussi : nous n’arrivons pas à changer les choses selon notre désir, mais peu à peu notre désir change. La situation que nous espérions changer parce qu’elle nous était insupportable, nous devient indifférente. Nous n’avons pas pu surmonter l’obstacle, comme nous le voulions absolument, mais la vie nous l’a fait tourner, dépasser, et c’est à peine alors si en nous retournant vers le lointain du passé nous pouvons l’apercevoir, tant il est devenu imperceptible.

– Les liens entre un être et nous n’existent que dans notre pensée. La mémoire en s’affaiblissant les relâche, et malgré l’illusion dont nous voudrions être dupe, et dont par amour, par amitié, par politesse, par respect humain, par devoir nous dupons les autres, nous existons seuls. L’homme est l’être qui ne peut sortir de soi, qui ne connaît les autres qu’en soi, et, en disant le contraire, ment.

– La ou la vie emmuré, l’intelligence perce une issue.

– Cette expression où le désir de faire taire celui qui parle et de garder un air innocent aux yeux de celui qui entend, se neutralise en une nullité intense du regard, où l’immobile signe d’intelligence du complice se dissimule sous les sourires de l’ingénu et qui enfin, commune à tous ceux qui s’aperçoivent d’une gaffe, la révèle instantanément sinon à ceux qui la font, du moins à celui qui en est l’objet.

– Un chagrin causé par une personne qu’on aime peut être amer, même quand il est inséré au milieu de préoccupations, de joies, qui n’ont pas cet être pour objet et desquelles notre attention ne se détourne que le temps de revenir à lui.
Mais quand ce chagrin naît – comme c’était le cas de celui-ci – à un moment où le bonheur de voir cette personne nous remplit tout entiers, la brusque dépression qui se produit alors dans notre âme jusque-là ensoleillée, soutenue et calme, détermine en nous une tempête furieuse contre laquelle nous ne savons pas si nous serons capables de lutter jusqu’au bout.

– A défaut de comprendre le sens de ce discours, elle comprenait qu’il pouvait rentrer dans le genre commun des ” laïus ” et scènes de reproches ou de supplications dont l’habitude qu’elle avait des hommes lui permettait, sans s’attacher aux détails des mots, de conclure qu’ils ne les prononceraient pas s’ils n’étaient pas amoureux, il était inutile de leur obéir, qu’ils ne le seraient que plus après.

– L’indifférence aux souffrances qu’on cause est la forme terrible et permanente de la cruauté.

– Pour moi qui l’avais connu au seuil de la vie, il était mon camarade, un adolescent dont je mesurais la jeunesse par celle que, n’ayant cru vivre depuis ce moment-là, je me donnais inconsciemment à moi-même. J’entendis dire qu’il paraissait bien son âge, je fus étonné de remarquer sur son visage quelques-uns de ces signes qui sont plutôt la caractéristique des hommes qui sont vieux. Je compris que c’est parce qu’il l’était en effet et que c’est avec des adolescents qui durent un assez grand nombre d’années que la vie fait ses vieillards.

– « Le bonheur n’est qu’une certaine sonorité des cordes qui vibrent à la moindre chose et qu’un rayon fait chanter. L’homme heureux est comme la statue de Memnon : un rayon de soleil suffit à le faire chanter » (Carnet de 1908)

– “Là où cherchais de grandes lois on m’appelait le fouilleur de détail […] Personne n’y comprit rien”.

– L’âme d’un grand écrivain lui survit dans ses oeuvres. Parfois, mystérieusement captée en des conduits secrets, une part vient vivifier l’esprit d’un de ses descendants, s’y mêle à d’autre sources, alimente une oeuvre nouvelle, toute diferente

– Ce n’est pas parce que les autres sont morts que notre affection pour eux s’affaiblit, c’est parce que nous mourons nous-mêmes.

– la douleur est un aussi puissant modificateur de la réalité qu’est l’ivresse.

– C’est étonnant comme la jalousie, qui passe son temps à faire des petites suppositions dans le faux, a peu d’imagination quand il s’agit de découvrir le vrai.

– je voulais qu’elle revînt sans que j’eusse l’air d’y tenir.

– Mais il est vraiment rare qu’on se quitte bien,car, si on était bien, on ne se quitterait pas!

– Etre grande dame, c’est jouer à la grande dame, c’est-à-dire, pour une part, jouer la simplicité. C’est un jeu qui coûte extrêmement cher, d’autant plus que la simplicité ne ravit qu’à la condition que les autres sachent que vous pourriez ne pas être simples, c’est-à-dire que vous êtes très riches. (p302)

– Chacun voit en plus beau ce qu’il voit à distance, ce qu’il voit chez les autres. (p282).

– J’ai bcp aimé la vie, j’ai beaucoup aimé les arts.
Maintenant, tous ces anciens me semblent très précieux
Je m’ouvre mon à moi-même comme une espèce de vitrine et, je regarde un à un tous ces amours que les autres n’ont pas eus, et je me dis que ce sera bien embêtant de quitter tout cela.

– Il dit bien juste embêtant
Même aux dernier ce c’est il est modéré!

– « Aussi le côté de Méséglise et le côté de Guermantes restent-ils pour moi liés à bien des petits évènements de celle de toutes les diverses vies que nous menons parallèlement, qui est la vie intellectuelle. » (p. 237)

– L’adolescence est le seul temps où on ait appris quelque chose.

– La frivolité d’une époque, quand dix siècles ont passé sur elle, est matière de la plus grave érudition.

– Le temps qui d’habitude n’est pas visible, pour le devenir cherche des corps.

– Après cette tranquille soirée, les soupçons de Swann étaient calmés ; il bénissait Odette et le lendemain, dès le matin, il faisait envoyer chez elle les plus beaux bijoux, parce que ces bontés de la veille avaient excité ou sa gratitude, ou le désir de les voir se renouveler, ou un paroxysme d’amour qui avait besoin de se dépenser.

– Mais tandis que, une heure après son réveil, il donnait des indications au coiffeur pour que sa brosse ne se dérangeât pas en wagon, il repensa à son rêve, il revit comme il les avait sentis tout près de lui, le teint pâle d’Odette, les joues trop maigres, les traits tirés, les yeux battus, tout ce que – au cours des tendresses successives qui avaient fait de son durable amour pour Odette un long oubli de l’image première qu’il avait reçue d’elle – il avait cessé de remarquer depuis les premiers temps de leur liaison dans lesquels sans
doute, pendant qu’il dormait, sa mémoire en avait été chercher la sensation exacte. Et avec cette muflerie intermittente qui reparaissait chez lui dès qu’il n’était plus malheureux et que baissait du même coup le niveau de sa moralité, il s’écria en lui-même: «Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre!

– Mais tandis que chacune de ces liaisons, ou chacun de ces flirts, avait été la réalisation plus ou moins complète d’un rêve né de la vue d’un visage ou d’un corps que Swann avait, spontanément, sans s’y efforcer, trouvés charmants, en revanche quand un jour au théâtre il fut présenté à Odette de Crécy par un de ses amis d’autrefois, qui lui avait parlé d’elle comme d’une femme ravissante avec qui il pourrait peut-être arriver à quelque chose, mais en la lui donnant pour plus difficile qu’elle n’était en réalité afin de paraître lui-même avoir fait quelque chose de plus aimable en la lui faisant connaître, elle
était apparue à Swann non pas certes sans beauté, mais d’un genre de beauté qui lui était indifférent, qui ne lui inspirait aucun désir, lui causait même une sorte de répulsion physique, de ces femmes comme tout le monde a les siennes, différentes pour chacun, et qui sont l’opposé du type que nos sens réclament. Pour lui plaire elle avait un profil trop accusé, la peau trop fragile, les pommettes trop saillantes, les traits trop tirés. Ses yeux
étaient beaux mais si grands qu’ils fléchissaient sous leur propre masse, fatiguaient le reste de son visage et lui donnaient toujours l’air d’avoir mauvaise mine ou d’être de mauvaise humeur.

– La vraie beauté est si particulière, si nouvelles qu’on ne la reconnaît pas pour la beauté.

– Le bonheur n’est qu’une certaine sonorité des cordes qui vibrent à la moindre chose et qu’un rayon fait chanter. L’homme heureux est comme la statue de Memnon : un rayon de soleil suffit à le faire chanter.

– à où cherchais de grandes lois on m’appelait le fouilleur de détail […] Personne n’y comprit rien”.

– L’âme d’un grand écrivain lui survit dans ses oeuvres. Parfois, mystérieusement captée en des conduits secrets, une part vient vivifier l’esprit d’un de ses descendants, s’y mêle à d’autre sources, alimente une oeuvre nouvelle, toute diferente.

– Ce n’est pas parce que les autres sont morts que notre affection pour eux s’affaiblit, c’est parce que nous mourons nous-mêmes.

– la douleur est un aussi puissant modificateur de la réalité qu’est l’ivresse.

– C’est étonnant comme la jalousie, qui passe son temps à faire des petites suppositions dans le faux, a peu d’imagination quand il s’agit de découvrir le vrai.

– ..je voulais qu’elle revînt sans que j’eusse l’air d’y tenir.

– Mais il est vraiment rare qu’on se quitte bien,car, si on était bien, on ne se quitterait pas!

– Etre grande dame, c’est jouer à la grande dame, c’est-à-dire, pour une part, jouer la simplicité. C’est un jeu qui coûte extrêmement cher, d’autant plus que la simplicité ne ravit qu’à la condition que les autres sachent que vous pourriez ne pas être simples, c’est-à-dire que vous êtes très riches.

– Chacun voit en plus beau ce qu’il voit à distance, ce qu’il voit chez les autres.

– J’ai bcp aimé la vie, j’ai beaucoup aimé les arts.
Maintenant, tous ces anciens me semblent très précieux
Je m’ouvre mon à moi-même comme une espèce de vitrine et, je regarde un à un tous ces amours que les autres n’ont pas eus, et je me dis que ce sera bien embêtant de quitter tout cela.

– Il dit bien juste embêtant
Même aux dernier ce c’est il est modéré!

– Aussi le côté de Méséglise et le côté de Guermantes restent-ils pour moi liés à bien des petits évènements de celle de toutes les diverses vies que nous menons parallèlement, qui est la vie intellectuelle.

– L’adolescence est le seul temps où on ait appris quelque chose.

– Le temps qui d’habitude n’est pas visible, pour le devenir cherche des corps.

– La frivolité d’une époque, quand dix siècles ont passé sur elle, est matière de la plus grave érudition.

– Après cette tranquille soirée, les soupçons de Swann étaient calmés ; il bénissait Odette et le lendemain, dès le matin, il faisait envoyer chez elle les plus beaux bijoux, parce que ces bontés de la veille avaient excité ou sa gratitude, ou le désir de les voir se renouveler, ou un paroxysme d’amour qui avait besoin de se dépenser.

– La vraie beauté est si particulière, si nouvelles qu’on ne la reconnaît pas pour la beauté.

– Je me dis que notre vie sociale est, comme un atelier d’artiste, remplie des ébauches délaissées où nous avions cru un moment pouvoir fixer notre besoin d’un grand amour, mais je ne songeai pas que quelquefois, si l’ébauche n’est pas trop ancienne, il peut arriver que nous la reprenions et que nous en fassions une œuvre toute différente, et peut-être même plus importante que celle que nous avions projetée d’abord..

– La vie en se retirant venait d’emporter les désillusions de la vie .Un sourire semblait posé sur les lèvresde ma grad-mère.Sur ce lit funèbre ,la mort,comme le sculpteur du moyen-âge ,l’avait couchée sous l’apparence d’une jeune fille .

– On n’aime que ce en quoi on poursuit quelque chose d’inaccessible, on n’aime que ce qu’on ne possède pas,

– Peut-être aussi Swann attachait-il sur ce visage d’Odette non encore possédée, ni même encore embrassée par lui, qu’il voyait pour la dernière fois, ce regard avec lequel, un jour de départ, on voudrait emporter un paysage qu’on va quitter pour toujours.

– Vos vers sont charmants et évoquent dans mon souvenir le délicieux bouquet de printemps que vous m’avez rapporté une fois d’une excursion que vous aviez faite et que ma fièvre des foins m’a empêché d’imiter. Mais vous êtes poète et vous n’avez pas besoin d’aller dans les champs pour rapporter des fleurs.

– L’angoisse que je venais d’éprouver, je pensais que Swann s’en serait bien moqué s’il avait lu ma lettre et en avait deviné le but ; or, au contraire, comme je l’ai appris plus tard, une angoisse semblable fut le tourment de longues années de sa vie et personne, aussi bien que lui peut-être, n’aurait pu me comprendre ; lui, cette angoisse qu’il y a à sentir l’être qu’on aime dans un lieu de plaisir où l’on n’est pas, où l’on ne peut pas le rejoindre, c’est l’amour qui la lui a fait connaître, l’amour, auquel elle est en quelque sorte prédestinée, par lequel elle sera accaparée, spécialisée ; mais quand, comme pour moi, elle est entrée en nous avant qu’il ait encore fait son apparition dans notre vie, elle flotte en l’attendant, vague et libre, sans affectation déterminée, au service un jour d’un sentiment, le lendemain d’un autre, tantôt de la tendresse filiale ou de l’amitié pour un camarade.

– Ce que je reproche aux journaux c’est de nous faire faire attention tous les jours à des choses insignifiantes tandis que nous lisons trois ou quatre fois dans notre vie les livres où il y a des choses essentielles. Du moment que nous déchirons fiévreusement chaque matin la bande du journal, alors on devrait changer les choses et mettrte dans le journal, moi je ne sais pas, les…Pensées de Pascal ! (il détacha ce mot d’un ton d’emphase ironoque pour ne pas avoir l’air pédant). Et c’est dans le volume doré sur tranches que nous n’ouvrons qu’une fois topus les dix ans, ajouta-t-il en témoignant pour les choses mondaines ce dédain qu’affectent certains hommes du monde, que nous lirions que la Reine de Grèce est allée à Cannes ou que la Princesse du Léon a donné un bal costumé. Comme cela la juste proportion serait rétablie.

– Mais, même au point de vue des plus insignifiantes choses de la vie, nous ne sommes pas un tout matériellement constitué, identique pour tout le monde et dont chacun n’a qu’à aller prendre connaissance comme d’un cahier des charges ou d’un testament ; notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres. Même l’acte si simple que nous appelons “voir une personne que nous connaissons” est en partie un acte intellestuel. Nous remplissons l’apparence physique de l’être que nous voyons de toutes les notions que nous avons sur lui et dans l’aspect total que nous nous représentons, ces notions ont certainement la plus grande part. Elles finissent par gonfler si parfaitement les joues, par suivre en une adhérence si exacte la ligne du nez, elles se mêlent si bien de nuancer la sonorité de la voix comme si celle-ci n’était qu’une transparente enveloppe, que chaque fois que nous voyons ce visage et que nous entendons cette voix, ce sont ces notions que nous retrouvons, que nous écoutons. Sans doute, dans le Swann qu’ils s’étaient constitué, mes parents avaient omis par ignorance de faire entrer une foule de particularités de sa vie mondaine qui étaient cause que d’autres personnes, quand elles étaient en sa présence, voyaient les élégances régner dans son visage et s’arrêter à son nez busqué comme à leur frontière naturelle ; mais aussi ils avaient pu entasser dans ce visage désaffecté de son prestige, vacant et spacieux, au fond de ces yeux dépréciés, le vague et doux résidu – mi-mémoire, mi-oubli – des heures oisives passées ensemble après nos dîners hebdomadaires, autour de la table de jeu ou au jardin, durant notre vie de bon voisinage campagnard. L’enveloppe corporelle de notre ami en avait été si bien bourrée, ainsi que de quelques souvenirs relatifs à ses parents, que ce Swann-là était devenu un être complet et vivant, et que j’ai l’impression de quitter une personne pour aller vers une autre qui en est distincte, quand, dans ma mémoire, du Swann que j’ai connu plus tard avec exactitude je passe à ce premier Swann – à ce premier Swann dans lequel je retrouve les erreurs charmantes de ma jeunesse, et qui d’ailleurs ressemble moins à l’autre que d’autres personnes que j’ai connues à la même époque, comme s’il en était de notre vie ainsi que d’un musée où tous les portraits d’un même temps ont un air de famille, une même tonalité – à ce premier Swann rempli de loisir, parfumé par l’odeur du grand marronnier, des paniers de framboises et d’un brin d’estragon.

-« Il semble que le goût des livres croisse avec l’intelligence. »

– Les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus.

– Une femme qu’on aime suffit rarement à tous nos besoins et on la trompe avec une femme qu’on n’aime pas.

– Je pouvais presque croire que la personnalité sensuelle et volontaire de Gilberte avait émigré dans le corps d’Albertine, un peu différent, il est vrai, mais présentant, maintenant que j’y réfléchissais après coup, des analogies profondes. Un homme a presque toujours la même manière de s’enrhumer, de tomber malade, c’est-à-dire qu’il lui faut pour cela un certain concours de circonstances ; il est naturel que quand il devient amoureux ce soit à propos d’un certain genre de femmes, genre d’ailleurs très étendu.

– Le bonheur seul est salutaire pour le corps mais c’est le chagrin qui développe les forces de l’esprit.

-Un livre est un grand cimetière où sur la plupart des tombes on ne peut plus lire les noms effacés.

 

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